Latest update: March 18, 2004
Le jeudi 22 août 2002 au matin, la sonnerie de mon portable Nokia me réveilla. Il était 5h00! Je regardais dubitativement mon téléphone lorsque je réalisai que c'était le réveil que j'avais programmé la veille.
Il me revint lentement que c'était le matin où je devais entreprendre une nouvelle plongée dans l'une des grottes inondées les plus longues d'Europe. Nous avions décidé de démarrer tôt pour compléter la longue partie en profondeur pendant la matinée, quand la concentration est optimale. Même en agissant de la sorte, nous ne sortirions pas de la grotte avant minuit en supposant que tout se déroule selon nos plans…
J'ai pris une douche puis me suis rendu en voiture de Terrasson jusqu'à La Grande Prade où la plupart des autres résidaient. Cependant, une fois là-bas, je me suis rendu compte que l'équipe était déjà partie à la grotte. Je suis rentré dans l'appartement de Reinhard et nous avons mangé des spaghettis à la bolognaise en guise de petit-déjeuner. Les hydrates de carbone sont excellents avant une grosse plongée : ils vous tiennent chaud. C'était aussi devenu une habitude pour nous de manger des pâtes avant nos grosses plongées. Nous avons pris des comprimés de magnésium et de calcium avec un peu d'eau et chacun de nous a pris un Imodium : les purges pipi ne résolvent que la moitié des problèmes d'évacuation de tout un chacun !
Paolo avec la vidéo montée sur un scooter.
Après le petit-déjeuner, nous sommes partis vers le site de plongée et avons brièvement vérifié notre matériel avant d'enfiler nos couches isolantes et nos combis étanches. Tout le monde respectait le fait que nous ne voulions pas être trop bavards. Il y a quand-même eu quelques blagues ; l'atmosphère était détendue.
J'ai aperçu l'équipe vidéo dans l'eau : Paolo et Ian étaient prêts à filmer notre entrée dans la grotte. Comme l'année dernière, j'étais très impressionné par l'engagement des membres de l'équipe, provenant de différents pays, à vouloir contribuer à ce genre d'expédition. Dans l'eau, il y avait Dirk et Wido pour nous aider à nous équiper et Tom et Peter ainsi que les autres qui apportaient leur assistance depuis la plate-forme en béton. Après avoir vérifié l'impédance de nos gilets chauffants nous nous sommes mis à l'eau pour capeler nos doubles recycleurs RB80.
Wido aide Michael à coincer le col de la cagoule sous le col chaud de la combi étanche.
Cette année, nous utilisions un nouveau système de soufflets avec un taux de perte proportionnelle réduite. Cela nous donnait une autonomie plus longue, mais au prix d'une baisse plus importante de la fO2. Bien que nous ayons déjà testé ce nouvel appareillage lors de plusieurs plongées au-delà de 100 mètres, nous étions intéressés par le comportement de la ppO2 sur la durée d'une plongée aussi longue. Pour cette raison, j'utilisais un Oxygauge pour enregistrer les données en vue d'une analyse post-plongée.
Nous avons banché une bouteille relais de 30 cuft alu de 50/25 (50 % O2, 25 % He) sur le bloc de distribution du recycleur et connecté un relais de 14 cuft d'argon à notre combi étanche. Cet argon supplémentaire était destiné à la descente de façon à conserver l'argon initialement placé en dorsal pour le reste de la plongée. Le relais d'argon était gréé comme n'importe quel autre relais et devait être déposé au fond du puits, prêt à servir si nécessaire pendant la déco et l'entrée de l'habitat.
Les dernières vérifications furent faites : les lampes 20Ah-NiCad et une dernière vérification des 4 recycleurs ; enfin, nous étions prêts à partir.
Un regard sur mon Suunto Vyper m'indiqua qu'il était 7h00 moins quelques minutes, 7h00 étant l'heure limite que nous nous étions fixée pour commencer la plongée. Nous avons chacun pris un scooter Gavin « long tube » et après un dernier signe d'au revoir à nos amis, nous avons appuyé sur la gâchette.
Reinhard prêt à partir.
En entrant dans la grotte, il m'est apparu que nous allions être privés de la lumière du jour, de l'air frais, du vent et du climat pendant une vingtaine d'heures. Nous avons progressé côte à côte au scooter pendant les 300 mètres qui nous séparaient du puits. A un moment donné lors de notre progression, nous avons été aveuglés par les lampes 50W HID de l'équipe vidéo. Cependant, ils se sont tenus à bonne distance, sachant que nous ne voulions pas être retardés.
Au sommet du puits, nous avons détaché nos scooters et les avons laissés sur le fil d'Ariane permanent. Nous avons encore testé une dernière fois nos recycleurs. Après s'être assuré que tout était en ordre, nous sommes descendus dans le puits vers le palier de -21 mètres en stoppant brièvement à -9 mètres pour vérifier les habitats. Au palier de -21 mètres, il y avait 5 blocs alu de 80 cuft (al80's) suspendus à un crochet d'escalade : 3 contenaient du 50/25 en contingence pour déco en circuit ouvert, 1 contenait du 17/55 comme gaz de rinçage pendant la déco et le dernier al80 était celui que nous voulions utiliser à présent. Il était marqué d'un « 60 » en gros chiffres, indiquant ainsi en mètres la profondeur maximum d'utilisation du mélange (MOD). J'ai déconnecté la petite bouteille de 50/25 du bloc de distribution et l'ai remplacée par la bouteille de -60 mètres. J'ai entendu l'hélium, en grande quantité dans le mélange, faire son bruit caractéristique lorsqu'il fut injecté dans le recycleur tandis que je purgeais le circuit.
Reinhard et Michael font les derniers contrôles au sommet du puits.
Le gaz que nous respirions maintenant contenait 22 % d'O2 et 70 % d'He. A la profondeur maximum estimée lors de notre dernière plongée, ce mélange doit nous donner un équivalent narcose de -10 mètres, bien moins que ce que les plongeurs sportifs endurent. Pour une plongée telle que celle-ci, nous voulions garder l'esprit aussi clair que possible. En plus, maintenir le taux d'azote très bas aide à réaliser une déco plus efficace dans de l'eau relativement froide.
Nous nous sommes mutuellement contrôlés pour nous assurer que nous avions bien connecté le gaz correct et avons repris notre descente. Nous avons dépassé les 2 blocs al80 contenant un 35/35 et un petit bloc de 40 cuft avec un 30/40 à -42 mètres. Aux alentours de -40 mètres, le fond du puits descend en pente douce jusque -45 mètres où nous avons dépassé nos batteries de chauffage qui devaient aussi nous fournir un éclairage supplémentaire pendant la phase de déco : nous savions que nous avions une autonomie d'à peu près 11 heures sur notre phare d'exploration. Nous emportions chacun 2 lampes de back-up Barry Miller et des LED comme dernier rempart. Nous avions aussi chacun une tête de lampe complète dans la poche.
Michael et Reinhard vérifient les bouteilles déco à -21 mètres, abandonnent leur trimix d'approche et prennent un relais trimix.
A -45 mètres, nous avons pris 3 scooters chacun et entamé notre voyage. Il y avait 23 minutes que nous étions dans l'eau.
Le début de la section profonde se prête bien à une progression rapide et amusante avec le scooter : un long virage sur la droite et vers le bas. Cependant, étant dans une plongée d'exploration, nous étions assez prudents pour ne pas risquer un incident comme une combi déchirée. Nous gardions le doigt sur la gâchette, mais en restant assez près l'un de l'autre et éloignés des murs.
Au début, la visibilité était d'environ 20 mètres, ce qui nous réjouissait. Je me demandais bien de quoi Götz et Thomas parlaient. Ils avaient apparemment été confrontés à une grosse touille (mauvaise visibilité) à quelque distance dans la section profonde la veille, au cours de leur plongée de préparation. Cela me semblait à moi être une très, très bonne visi !
Après une petite progression, nous avons stoppé et déposé nos relais d'argon. « N'oublie pas de connecter l'autre tuyau d'argon ! » me suis-je dit. Autrement, lorsque j'aurais appuyé sur l'inflateur de la combi, ça aurait pu être un peu froid et humide. Dans plusieurs heures, cet endroit serait notre dernier arrêt sur le chemin du retour avant de rejoindre les blocs de déco et les tubes de chauffage.
Je n'ai pas eu froid du tout pendant que nous avancions au scooter le long du profond tunnel. La température de l'eau était de 12°C. Après environ 1 km, la visibilité commença à se détériorer. L'eau prenait une apparence laiteuse, réduisant la visibilité à 2 mètres. Nous sommes restés très proches sachant que si nous ne pouvions plus nous voir, la plongée devrait être avortée. Je me suis souvenu de la grosse averse deux jours plus tôt et j'ai pensé que cela pouvait expliquer la mauvaise visibilité. J'espérais seulement que nous pourrions apercevoir les scooters, les relais et les dévidoirs laissés à 1750 mètres. J'étais inquiet parce que dans cette partie de la grotte, il est classique de trouver plus de 4 fils. C'est souvent la même chose : certains plongeurs veulent à tout pris poser du fil et ils le font bien sûr dans les sections proches de l'entrée de la grotte où des fils ont déjà été installés. A mon avis, cela ne peut que créer des problèmes. Heureusement, nous étions en train de progresser le long du bon fil. Si les scooters avaient été placés sur une autre ligne, nous aurions dû faire demi-tour pour les chercher.
Soudain, j'ai vu quelque chose de brillant à travers le « lait » : c'était un de nos relais. Nous avions trouvé notre matériel et pouvions continuer le voyage. A présent, nous avions au total 5 scooters Gavin Magnum chacun, 4 en remorque et un pour nous tracter. Chaque scooter avait une autonomie d'environ 2h1/2. Nous transportions aussi chacun un dévidoir et 3 relais al80 : 2 relais avec le mélange -60 mètres et un avec un mélange pour aller à -110 mètres contenant 16 % d'O2 et 80 % d'He. Notre bi-20 dorsal contenait le même mélange, mais était exclusivement réservé pour une situation d'urgence. Les 3 relais seraient suffisants pour notre temps fond maximum de 11 heures. Comme signalé précédemment, ce maximum était dû à l'autonomie des lampes principales. Nous avions planifié 9 heures, ce qui nous laissait 2 heures pour les contretemps. Un temps fond plus long exigerait l'utilisation des lampes de réserve et du gaz de back-up.
Reinhard et Michael en approche du puits. Plus tard ils devront remorquer 4 scooters de plus, transporter 3 blocs de mélange fond et 2 dévidoirs.
Progresser dans la mauvaise visibilité n'était pas très amusant, mais les nouveaux réflecteurs des lampes, construits et parachevés par Reinhard juste une semaine auparavant produisaient un faisceau parfait et amélioraient considérablement la distance de notre vision. Le réflecteur plus long semblait réduire substantiellement l'éclat de la lumière diffuse. Nous nous concentrions pour garder nos faisceaux parallèles et visibles à tout moment ; c'est seulement lorsque nous gonflions la combi ou la wing ou lorsque nous pincions notre nez que la lumière disparaissait pendant quelques secondes. De ce fait, il n'a jamais fallu s'arrêter. Une bonne discipline avec les lampes était capitale pour une progression en douceur et une bonne moyenne de vitesse, spécialement en raison des mauvaises conditions.
Après 108 minutes, j'ai reconnu le trou où, l'année dernière, nous avions découvert le fil coupé. A partir d'ici, la profondeur diminua quelque peu et la visibilité a commencé à s'améliorer pour atteindre à peu près 15 mètres. Ca commençait à correspondre avec le rapport de Götz et Thomas (ils avaient signalé que la mauvaise visi était aux alentours des 1600 mètres et nous l'avons rencontrée à environ 1000 mètres). Heureusement, la mauvaise visibilité était très localisée et se déplaçait avec le flux. J'en ai conclu qu'elle arriverait au bassin le soir suivant, pouvant interférer avec les plongées de nettoyage.
Comme prévu, nous avons déposé le premier scooter à cet endroit de la partie peu profonde et avons continué dans le réseau.
Comme seulement 3 personnes ont jamais plongé aussi loin dans la Doux de Coly, il n'y avait plus à présent qu'un seul fil à suivre. Soudainement, la visibilité se détériora à nouveau, mais il restait quand-même 5 mètres environ. Nous avons déposé un autre scooter lorsque nous avons atteint la fin du fil précédemment installé à 4300 mètres.
Le Vyper, en mode profondimètre, indiquait exactement 3 heures à cet endroit. Nous suivions à présent le fil que nous avions posé l'année dernière. Ce ne fut pas long avant que nous descendions dans la seconde partie profonde de la grotte. A 60 mètres de profondeur, nous avons stoppé et connecté notre bouteille relais -110 mètres, et déposé le relais de -60 mètres. L'année précédente, ne nous attendant pas à ce que la grotte reparte en profondeur une seconde fois, nous avions dû arrêter la plongée à -65 mètres car nous avions atteint la profondeur limite de notre mélange fond.
…plus loin.
Quand nous avons atteint la fin de notre fil à 5000 mètres, Reinhard m'a donné son scooter de réserve et a attaché le fil du gros dévidoir d'exploration au bout de l'ancienne ligne. Je remorquais maintenant 2 scooters. Nous nous attendions à ce que la grotte continue à descendre beaucoup plus, mais après le coude suivant, la profondeur restait figée aux alentours des -65 mètres ! Je savais ce que Reinhard était en train de penser : « Zut! Pourquoi n'avons-nous pas continué l'année dernière ? ».
J'éclairais devant, à la recherche de points d'attache. Reinhard, plus rapide, me dépassait et continuait jusqu'au point d'attache suivant. Pendant qu'il était immobile, je prenais quelques mètres d'avance, éclairant ses points d'attache tout en maintenant le doigt sur la gâchette. Nous avons répété cette procédure qui nous a permis de bien progresser.
Soudainement, nous avons atteint une jonction. C'était le premier carrefour réel après le petit méandre juste à l'entrée de la grotte et nous étions plutôt interloqués. Nous avons décidé de prendre à droite car cette voie semblait un peu plus large (d'une manière générale, la grotte avait tendance à se rétrécir maintenant). Nous envisagions tous les deux la possibilité que la fin de la grotte soit proche, mais au contraire, elle continuait plus loin.
Tout à coup, j'ai entendu un bruit de bulles. Cela me semblait provenir de mon arrière droite. J'utilisais le recycleur de droite et il fonctionnait parfaitement. J'ai inspiré un peu puis ai arrêté pour écouter si l'un des seconds étages fuyait. J'ai encore entendu les bulles après un instant, mais c'était trop fort pour une simple fuite. Reinhard venait juste de me dépasser et j'ai vu l'étiquette indiquant 640 mètres sur le fil. J'ai enfin découvert que les bulles provenaient d'un des tuyaux sur le bloc de distribution. J'espérais que ce ne soit pas une vanne de surpression, ce qui était improbable puisque nous les avions réglées quelques semaines plus tôt. J'ai fermé les vannes de mon bloc de distribution une à une tout en suivant Reinhard avec mon propulseur et finalement, le bruit cessa. J'ai vérifié mon manomètre; il indiquait environ 180 bars. « Ca va toujours » ai-je pensé : j'avais encore 2 recycleurs en état de marche, grâce au fait que chaque recycleur a 2 gicleurs. Mais, même ainsi, la prudence semblait être la meilleure option et j'ai décidé d'arrêter la plongée après le point d'attache suivant.
J'ai fait à Reinhard le signal du retour. Il s'est arrêté un instant et je savais ce à quoi il pensait : « pourquoi veut-il arrêter la plongée ? ». Mais bien sûr, il a acquiescé et nous avons fait demi-tour après avoir jeté un dernier regard vers le tunnel. Il y avait encore assez de longueur de grotte pour une autre fois !
Je n'ai pas dit à Reinhard la raison pour laquelle j'avais arrêté la plongée parce que tout fonctionnait encore : parfois, on a juste besoin d'un prétexte pour rebrousser chemin…
Reinhard a sorti sa boussole et son carnet de notes sous-marin (Wetnotes) et a commencé à inscrire « 660 » mètres; nous avions donc posé entre 660 et 680 mètres de nouveau fil. Plus tard, nous avons mesuré le fil restant sur la bobine. Nous avions posé 675 mètres de nouveau fil. Reinhard relevait la direction, la profondeur, la distance et le temps de la plongée tandis que je marquais les points de référence sur mon Vyper. J'ai appuyé sur le bouton à 238 minutes, un petit moment après avoir stoppé la plongée. Quelques minutes plus tard, nous avons rejoint le relais -60 mètres que nous avions laissé et, passant sur l'autre recycleur, je l'ai connecté.
Michael et Reinhard dans la grotte.
Maintenant commençait le long chemin du retour. Nous sommes repassés dans l'étroiture vers la section peu profonde et avons récupéré nos scooters. Nous avons continué à voyager dans la mauvaise visibilité et ramassé tout le matériel que nous avions attaché au fil. Nous avons aussi retrouvé un ancien dévidoir, oublié ou perdu. De toute façon il était vide et avait besoin d'être rapporté pour une recharge! Quand nous avons atteint la fin de la section peu profonde, nous avons récupéré la dernière paire de scooters et nous étions à présent de nouveau complètement équipés.
Nous nous sommes laissés tomber dans le passage laiteux et avons continué à progresser prudemment au propulseur pour enfin atteindre la bonne visibilité. Quelques temps plus tard, nous avons aperçu les relais d'argon que nous avions déposés et avons réalisé que nous étions presque de retour au bercail.
Plan de décompression |
||
| Profondeur (m) |
Temps (min) |
Gaz |
| 42 |
8 |
tx 30/40 |
| 39 |
17 |
|
| 36 |
24 |
tx 35/35 |
| 33 |
11 |
|
| 30 |
12 |
|
| 27 |
18 |
|
| 24 |
18 |
|
| 21 |
15 |
Rinçage (OC) tx15/55 |
| 21 |
31 |
tx 50/25 |
| 18 |
36 |
|
| 15 |
48 |
|
| 12 |
71 |
|
| 12 |
15 |
Rinçage (OC) tx15/55 |
| 9 |
180 |
Habitat (OC): oxygen & Rinçages (tx17/55) |
Atteignant la rampe menant hors de la section profonde, nous avons effectué des paliers profonds sur tout le chemin jusqu'au point des -45 mètres et avons consacré ce temps à nous défaire de tous les scooters, dévidoirs et relais inutiles. J'ai attrapé ma petite bouteille de 30/40 et l'ai branchée au recycleur. Après avoir purgé le circuit, j'ai observé Reinhard faire la même chose et nous avons pris une bonne gorgée des gourdes Platypus déposées là. Elles contenaient du sirop de citron, juste pour avoir une couleur et un goût différent de l'eau de la grotte ! J'ai branché le tube de chauffage et ai attendu jusqu'à ce que je sente la chaleur bienvenue de la résistance. Que c'était agréable !
Deux heures après le début de notre plongée, les équipes de soutien devaient faire une plongée jusqu'au puits toutes les heures pour voir si nous étions revenus. J'ai regardé mon Vyper qui indiquait maintenant 498 minutes de plongée. Ca allait prendre un certain temps avant qu'une équipe ne nous découvre.
Nous nous sommes déplacés jusqu'au palier de -36 mètres et avons connecté le mélange 35/35. Nous savions que nous devrions rester en suspension plusieurs heures dans le puits avec les 2 recycleurs sur le dos. Au départ, nous avions envisagé d'abandonner nos double recycleurs au fond du puits et de capeler un cadre mono recycleur avec de plus petites bouteilles. Cependant, nous ne l'avons pas fait car les paliers profonds étaient trop courts. Quoi qu'il en soit, nous étions maintenant heureux de pouvoir simplement nous relaxer et prendre soin de nous-mêmes…
Rencontre avec les plongeurs de soutien dans la partie peu profonde de la grotte, sur le chemin du puits.
Les premiers plongeurs de soutien sont alors arrivés et sont descendus vers nous. Ils ont posé les questions prévisibles : « Quelle distance ? Est-ce que tout va bien ? Que voulez-vous ? » ; et j'ai écrit : « Demande à Reinhard », « oui » et « crème glacée » (à ce moment je savais juste que nous avions posé plus de 640 mètres de fil). C'est un scandale qu'ils aient tous pensé que le coup de la crème glacée était une blague! Bien sûr que je m'attendais à ce qu'on me l'apporte dans l'habitat; j'ai donc pris note d'avoir un entretien sérieux avec notre équipe de soutien lors de la prochaine réunion.
J'avais allumé ma LED et elle pendait fixée au crochet d'escalade ; Reinhard avait allumé la lampe reliée à son tube de chauffage. Nous avions éteint nos lampes principales 18W HID pour les économiser en vue de la sortie plus tard dans la nuit.
L'équipe suivante est arrivée. Elle apportait du thé chaud. Cela avait bien meilleur goût que la condensation provenant du circuit ou que l'eau de la grotte. Bien sûr, nous avions testé la qualité potable de l'eau de la grotte avant la plongée.
J'étais en train d'écrire dans mes Wetnotes mes impressions au fur et à mesure qu'elles me revenaient en tête et j'observais Reinhard assez souvent, sachant que durant la déco, il ne faut pas relâcher son attention des détails et surtout il faut surveiller son binôme. J'ai souri parce que j'ai vu qu'au même moment, Reinhard m'observait aussi.
Oops, il était temps de passer au palier suivant. Maintenant, les paliers devenaient plus longs. L'équipe suivante a apporté de la soupe mais je ne l'aimais pas. Je me suis forcé à en boire un peu quand même mais j'ai écrit « je veux du thé » sur mes Wetnotes. Les Wetnotes sont vraiment la manière la plus simple de communiquer sous l'eau. Je me demandais comment les plongeurs pouvaient s'accorder pendant leurs plongées sans cet outil merveilleux et bon marché. Je repensais à mes plongées dans les eaux chaudes des îles Similan en Thaïlande où je me trouvais au mois d'avril ; même là-bas j'utilisais mes Wetnotes !
Reinhard vérifie son habitat avant de partir en direction de la fin du fil d'Ariane.
Nous sommes remontés au palier de -24 mètres et j'ai fait un long rinçage sur mon gaz dorsal pour anticiper la ppO2 élevée de 1,6 bars du mélange 50/25 à -21 mètres.
Nous sommes passés sur le mélange 50/25 en prenant la petite bouteille que nous avions utilisée de longues heures auparavant pour commencer notre incursion. Les 3 al80 avec le même mélange 50/25 étaient là juste au cas où nous aurions besoin de faire la décompression en circuit ouvert. A partir de ce point, j'ai réalisé tous mes rinçages en circuit ouvert juste pour avoir un embout différent en bouche de temps en temps. A part cela, à aucun moment durant l'ensemble de la plongée, je n'ai ressenti la nécessité de passer en circuit ouvert ; les recycleurs ont fonctionné à la perfection, comme d'habitude.
J'ai remarqué que Reinhard me regardait à nouveau et nous avons échangé le signe OK. A présent, les paliers commençaient à devenir ennuyeux ; je jetais des petits morceaux de roche en bas du puits et je les regardais disparaître. J'ai laissé quelques bouteilles derrière moi, au crochet le plus bas et j'ai ramené le reste vers le haut. Le Vyper indiquait 664 minutes quand nous avons enfin quitté le palier de -21 mètres. J'avais hâte de rentrer dans l'habitat pour pouvoir manger quelque chose de solide. J'ai sucé le reste de mon tube de gel d'hydrates de carbone. Les spaghettis de Tanja avaient bien meilleur goût ce matin-là, bien que repenser à cela ne soit pas une bonne idée: le circuit risquait d'être inondé par mon réflexe pavlovien !
Les plongeurs de soutien allaient et venaient. Ils nous ont demandé quand nous voulions rejoindre les habitats et nous avons calculé le temps. Le responsable de surface coordonnait toutes ces tâches et c'était apaisant de savoir que tous nos gens s'accordaient et savaient exactement comment il fallait que les choses se passent.
Nous approchions du palier de -12 mètres et on nous a demandé qui voulait rejoindre l'habitat en premier. Nous nous sommes décidés pour Reinhard parce que son gilet chauffant était en panne et à ce moment il avait un peu plus froid que moi.
Reinhard entre dans un des habitats avec l'aide de Peter. Remarquez la bouteille d'argon attachée, la plaque dorsale et la ceinture de plomb (les plombs pendent sur des bouts attachés à la ceinture).
70 minutes plus tard, j'enlevais mon recycleur et j'entrais dans l'habitat. Il y avait déjà trop de gaz dedans et j'ai dû batailler pour remonter le siège, mais j'y suis finalement arrivé. La profondeur indiquée était de 8,8 mètres et la température a bientôt atteint un agréable 20°C. Une page de Wetnotes me fut tendue : Reinhard voulait le spray nasal, je lui ai donc fait parvenir via un plongeur de soutien. Alors, le tube de nourriture est enfin arrivé. La nourriture était sacrément chaude. « Encore des nouilles » ai-je pensé, mais les plongeurs sont comme les petits enfants, ils aiment tous les nouilles ! Au moins, c'était un plat de nouilles chinoises et c'était bon. Mais pour boire il y avait encore de la soupe ! Bah, j'ai décidé d'accompagner les nouilles avec de l'eau de la grotte à la place.
Maintenant l'attente commençait, rendue supportable seulement par 3 heures de blagues par pages de Wetnotes humoristiques interposées. Nous passions 12 minutes sur O2 suivies de 8 minutes sur un Tx 17/55. Le trimix ne servait pas seulement comme rinçage pour l'oxygène, mais aussi pour garder basse la fO2 à l'intérieur de l'habitat de sorte qu'il y ait une chance de récupérer en cas d'intoxication à l'oxygène et de convulsions. Fort heureusement, nous sommes passés au travers de la déco sans ce divertissement particulier.
Cette année, les habitats se faisaient face et je pouvais voir la fenêtre de Reinhard ; parfois, nous nous faisions des signes avec nos lampes. Après trois heures vraiment très longues, nous étions enfin prêts à quitter les habitats. Comme Reinhard était le premier à entrer, il fut le premier à sortir. Nous étions chacun accompagnés jusqu'au sommet du puits où nous avons capelé difficilement les doubles recycleurs. Les remettre sous l'eau dans une grotte après une plongée aussi longue n'était vraiment pas une partie de plaisir, mais nous fûmes bientôt en route vers le bassin de l'entrée, entourés par notre dernière équipe de plongeurs de soutien.
Tout à coup, nous étions hors de la grotte en milieu ouvert. Là j'ai soudainement commencé à avoir vraiment froid. Cependant nous voulions encore terminer la plongée par une remontée à raison de 3 minutes par mètre et cela prit encore un bon bout de temps pour remonter les 6 derniers mètres. Et finalement, nous avons fait surface dans le bassin.
Le reste de l'équipe était rassemblé sur la plate-forme pour nous féliciter (calmement puisqu'il était 1h00 du matin) et on nous aida à nous défaire de nos recycleurs pour la dernière fois. Comme l'année dernière, Tanja nous aspergea de champagne.
Tout notre équipement a été placé dans une caisse à part et gardé à proximité, prêt à repartir en cas de problème. Nous avions décidé de rester dans l'eau encore quelque temps avant de sortir, juste pour être prudents, mais 10 minutes de plus à me geler m'ont convaincu que je devais vraiment sortir. L'année prochaine, je tirerai le tube de chauffage tout le long du chemin jusqu'à l'entrée de la grotte !
Une fois les pieds au sec, ma première pensée fut qu'il n'y aurait aucun moyen de me faire refaire cette plongée quelle que soit la longueur de fil restant à poser…
…Mais le lendemain matin, nous étions tous en train de discuter comment améliorer les choses pour la plongée de l'année prochaine !